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Retrouvez l’esthétique et la philosophie de la peinture traditionnelle chinoise – Les Quarte Gentlemen

L’exposition – Les Quatre Gentlemen

Les Quatre Gentlemen

Presque tous les chinois traditionnels savent ce que signifie « Les quatre gentilshommes ».  Cette expression « Les Quatre gentlemen » apparaissant  aussi sous le nom des « Quatre nobles plantes » correspond dans l’art chinois aux quatre plantes : l’orchidée, le bambou, le chrysanthème et la fleur de prunier.

L’analogie est issue d’une inscription du Manuel de peinture de ces quatre plantes, écrite pendant le règne de Wanli de la dynastie des Ming par le peintre lettré, Chen Jiru.  Le Manuel montre qu’on pourrait purger les impuretés de l’esprit pour atteindre un caractère noble en appréciant et apprenant les vertus des « Quatre gentlemen ».  Dans la culture chinoise des gens lettrés, la fleur de prunier qui fleurit en hiver symbolise les qualités fermes et inflexibles de Junzi : un gentleman ou un homme noble; l’orchidée qui pousse dans les vallées sereines, avec son arôme rafraîchissant, symbolise un caractère élégant au mépris de la vulgarité; le bambou vertical dressé vers les nuages ​​représentant  l’humilité; le chrysanthème qui subsiste en automne et résiste au givre manifeste la force de l’intégrité. Les calligraphes célèbres, les peintres et les écrivains, comme Tao Yuanming (365-427) et Su Shi (1037-1101), utilisent fréquemment le thème de la fleur de prunier, de l’orchidée, du bambou et du chrysanthème dans leurs peintures et leurs poèmes pour glorifier les intentions et les sentiments d’un gentilhomme.  L’expression compare les quatre plantes à l’homme de bien du confucianisme.  Elles sont le plus souvent représentées dans des lavis et appartiennent à la catégorie des « peintures de fleurs et oiseaux ».  C’est un thème favori des lettrés qui identifie les vertus confucéennes telles l’intégrité, la fidélité et la persévérance à ces quatre fleurs.  Dans l’art vernaculaire, les images des fêtes du Nouvel An chinois utilisent couramment « Les Quatre gentlemen » comme les symboles du bonheur.  Par exemple : « Les fleurs de prunier vous apportent le bonheur » et « Le bambou transmet la paix et le bien-être ».

Parmi « Les Quatre gentlemen », le bambou est apparu dans les peintures murales au cours de la dynastie des Tang, comme l’ont fait les peintres Wu Daozi (680-759) et Wang Wei (701-761).  Pendant les premières dynasties Song et Yuan, « Les Quatre gentlemen » ont été également admirés par les lettrés et les peintres – Wen Tong (1018 – 1079) était connu pour ses peintures à l’encre de bambou, le moine Zhongren (1051-1123) et Yang Buzhi (1097-1169) pour leurs peintures de fleurs de prunier.  À la fin de la dynastie des Song du Sud, Zheng Sixiao (1241 – 1318) a utilisé une orchidée déracinée pour illustrer la perte du pays en faveur d’une puissance étrangère.

Au début, « Les trois amis de l´hiver », également connus sous le nom « Les trois amis du froid », font référence aux trois plantes : le pin, le bambou et la fleur de prunier.  Cela représente la compagnie dans l’adversité.  L’orchidée est ajoutée plus tard pour faire l’ensemble « Les quatre amis ».  Les chrysanthèmes ont commencé à être représentés au cours de la période des Cinq Dynasties et des Song du Nord, bien que moins de peintres les utilisent comme objet de peinture par rapport au reste des trois autres plantes.  Jusqu’aux dynasties Ming et Qing, l’expression « Les Quatre gentlemen » est officiellement apparue dans les manuels de peinture et, est devenue une catégorie de peinture individuelle populaire.

La fleur de prunier – la loyauté inébranlable

La fleur de prunier est la première parmi les quatre gentlemen car elle fleurit au début de l’année. Elle ne succombe pas au givre durant sa floraison en hiver et apporte un arôme rafraîchissant et subtil annonçant l’approche du printemps.  Depuis l’antiquité, les peintres considèrent la fleur de prunier comme la représentation des qualités de l’homme idéal.  On admire le courage intrépide et inflexible de la fleur et la considère comme une incarnation de la noblesse et de l’intégrité.

Dans la dynastie des Tang, les fleurs de prunier étaient souvent représentées dans des lavis appartenant aussi à la catégorie des « peintures de fleurs et oiseaux » et « peintures de paysages ».  Jusqu’à la dynastie des Song du Nord, les « peintures de fleurs et oiseaux » ont prédominées et la fleur de prunier est devenue le sujet principal à apparaître seul dans les peintures.  Zhongren (1051-1123) et Yang Buzhi (1091-1169) étaient des artistes connus pour leurs peintures de fleurs de prunier.  Zhongren a planté des pruniers dans le monastère pour réaliser ses œuvres à l’encre en utilisant l’encre de différentes densités pour les pétales et l’approche « désossée » pour les branches.  Le successeur de Zhongren, Yang Buzhi, a inventé une façon de représenter les fleurs en peignant les pétales en lignes doubles et en utilisant des points pour manifester les étamines.  Les branches ont été exécutées en traits texturés secs avec une pointe de pinceau centrée.  Cette technique de peinture a été suivie par les peintres contemporains et de nombreuses œuvres ont hérité de ce style.

D’ailleurs, la fleur de prunier a été souvent utilisée comme un thème de poème.  L’écrivain Lu You des Song du Sud (1125 – 1210) a adoré les fleurs de prunier toute sa vie, et a produit plus d’une centaine de poèmes et de la prose prônant la fleur de prunier.  Rétrogradé en raison de sa position politique contre les princes de la dynastie Jin, Lu You avait utilisé la fleur de prunier comme une métaphore pour proclamer sa noble ambition et son intégrité morale.

L’orchidée – l’élégance éthérée

À l’état sauvage dans les vallées montagneuses, le long des rivières et dans les crevasses des falaises, l’orchidée se distingue de la banalité.  Ses feuilles minces avec de la verdure toute l’année et ses fleurs d’un arôme délicat expriment l’élégance.  Depuis les temps anciens, les peintres et les poètes admirent l’orchidée.  Confucius a dit que l’orchidée émettait son parfum pour les rois et l’a utilisée comme une métaphore de la voix d’un fonctionnaire vertueux qui est tombé en disgrâce, à tort ou à raison, dans la cour où il a été banni par l’empereur.  Il a aussi mis en valeur l’intégrité de l’orchidée en la comparant aux hommes nobles qui sont capables de cultiver la philosophie Dao et respecter leurs vertus même dans la difficulté ou la pauvreté.

Au cours de la fin de la dynastie des Song et du début du Yuan, les lettrés, les poètes et les peintres démontrent leur intégrité en prônant les orchidées comme le thème central de leurs œuvres. Zheng Sixiao (1241 -1318) a vécu une vie recluse à Suzhou après avoir été banni de la cour de dynastie des Song. Dans son œuvre célèbre d’orchidée à l’encre, l’artiste a peint une seule plante sans sol, sans racine pour signaler l’idée que « l’homme noble reste seul sans se mêler aux gens déshonorants » et pour signifier qu’il ne voulait pas être enraciné dans une terre gouvernée par la puissance étrangère.

Pour les contemporains, les techniques occidentales ont également eu une influence sur la peinture d’orchidée chinoise qui a été représentée par le dessin et l’aquarelle aboutissant à une fusion des styles chinois et occidentaux.

Le chrysanthème – la réclusion noble

Le chrysanthème fleurit en automne lorsque toutes les autres fleurs se fanent, montrant une caractéristique qui a été appréciée par les lettrés chinois à travers l’histoire. Le chrysanthème était décrit dans l’histoire comme étant : « le chrysanthème précieux; son semis pouvant être mangé, il a une valeur médicinale et peut être employé dans la fabrication des oreillers, et pourrait être utilisé pour brasser le vin ».

Tao Yuanming (365 – 427) est un écrivain chinois qui est considéré comme un des plus grands poètes inspirés par le taoïsme. Il chante, dans ses poèmes, la retraite à la campagne et le vin.  L’un de ses textes les plus connus est La Source des fleurs de pêcher, qui décrit un village loin du monde dans une vallée cachée.  Tao Yuanming est aussi l’auteur du Chant du retour, texte dans lequel il parle de son retour chez lui, à la campagne, après avoir quitté son métier de fonctionnaire.  Dans un de ses poèmes, il a écrit sur les chrysanthèmes. «…rassembler les chrysanthèmes par la clôture de l’Est, je regarde tranquillement les montagnes du sud ».  Tao lie souvent son caractère et son tempérament de réclusion aux nobles idéaux. Pour les successeurs, le chrysanthème est devenu un symbole de Tao Yuanming et a donc été souvent représenté dans les peintures.

Au 20e siècle, de nombreux peintres ont cherché à faire évoluer les formes artistiques.  À Shanghai, un groupe de peintres dirigé par Wu Changshuo (1844 – 1927) intègre les techniques, les structures de la calligraphie et de la gravure de sceaux dans la peinture.

Le bambou – l’humilité noble

Depuis l’antiquité, le bambou est le symbole de la vertu de l’intégrité, de la modestie et de la dignité.  Le bambou montre la force, la douceur, la loyauté et la justice.  Les lettrés chinois, au travers des genres différents, représentent le bambou dans leurs poèmes et peintures comme une référence au noble idéal d’humilité.

Dès la période des Six Dynasties, le bambou a déjà été fréquemment représenté dans les peintures. Les Sept Sages de la forêt de bambous, qui étaient mécontents de l’autorité à la cour, vivaient reclus dans une bambouseraie.  Ils lurent et écrivirent des poésies exprimant leur préoccupation pour le pays et leur impuissance face à ses problèmes.

Deux artistes maîtres de la dynastie des Song du Nord Wen Tong (1018 – 1079) et Su Shi (1037 – 1101) étaient d’ardents admirateurs du bambou.  Wen Tong est connu pour son talent à exécuter une peinture de bambous précise  et vivante, dès le premier jet, après avoir observé le sujet minutieusement en détail avant de commencer son ouvrage. Su Shi remplace l’encre noire avec le cinabre pour peindre le bambou; cela a exercé un impact énorme sur les peintres suivants.

Au cours de la dynastie des Yuan où la Chine était sous la gouvernance de l’empire mongol, la peinture du bambou est devenue populaire en raison de son implication dans sa résistance contre la domination mongole. Les artistes de la dynastie Yuan ont aussi intégré des éléments calligraphiques dans la peinture. Ce style a été suivi par les peintres contemporains de la dynastie Ming.

L’exposition

Plus de 70 œuvres de la collection du musée allant de la dynastie Ming à la période moderne ont été sélectionnées pour cette exposition. Elles sont représentées dans cinq catégories.

« Les Quatre gentlemen » ont longtemps été étroitement associés à la culture traditionnelle chinoise. Junzi est un aspect important de la philosophie chinoise représentant une personne d’un très haut niveau de moralité après celle d’un sage.  Aujourd’hui, les gens vivent une vie trépidante.  S’ils pouvaient respecter les vertus des « Quatre gentlemen » et influencer leurs contemporains avec de telles qualités de bienveillance, un monde meilleur pourrait être créé.

(Exposition jusqu’au 2 août 2015 à Hong Kong Museum of Art)


Cindy

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2 replies »

  1. Article très intéressant qui aurait gagné à explorer et à définir avec précision les sources et auteurs littéraires dont il est question à plusieurs reprises…afin d’initier l’humble lecteur occidental peu au fait de cette codification soigneusement entretenue …et parfois combattue que ce soit par certains mouvements politiques oui certains mouvements de peinture réclamant un autre sujet de représentation: l’homme, le corps qui est depuis les fondations gréco-latines au centre et souvent au centre de l’iconographie.

    Merci encore:)

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    • Merci pour votre commentaire. Je suis d’accord avec vous. La représentation de ces quatre plantes dans l’art est bien enracinée au cœur de la plupart des chinois mais non pas les occidentaux. Les sources seraient utiles pour aider à la compréhension de l’origin et de l’histoire qui ne peut être élaborée dans un court essai.
      Merci encore.

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